{"id":78,"date":"2019-05-12T02:27:54","date_gmt":"2019-05-12T00:27:54","guid":{"rendered":"http:\/\/monique-lachaux.fr\/?page_id=78"},"modified":"2019-08-12T12:37:12","modified_gmt":"2019-08-12T10:37:12","slug":"cadeaux","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/monique-lachaux.fr\/?page_id=78","title":{"rendered":"Textes in\u00e9dits"},"content":{"rendered":"\n<p>Deux de mes textes in\u00e9dits :                                                                                        \u00ab\u00a0<em><strong>La loi du plus fort<\/strong><\/em>\u00a0\u00bb (Janvier 2012)  et                                                                                      \u00ab\u00a0<em><strong>Au-dessus de la ville\u00a0\u00bb<\/strong><\/em> (Septembre 2013) <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\" style=\"text-align:center\"><strong>La loi du plus fort<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-drop-cap has-very-light-gray-background-color\">Que l&rsquo;on porte son regard sur les \u00eatres vivants des antipodes de l&rsquo;histoire aux fin fond de la g\u00e9ographie, on constate qu&rsquo;il y a toujours un plus-fort dou\u00e9 d&rsquo;une h\u00e9g\u00e9monie auto proclam\u00e9e. Son \u00e9paisse assurance ne se r\u00e9v\u00e8le qu&rsquo;en la pr\u00e9sence d&rsquo;un plus faible sur lequel il exerce une loi physique ou manipulatrice. Cette loi est \u00e9rig\u00e9e en fatalit\u00e9 par les hommes et semble agir chez le b\u0153uf musqu\u00e9 comme chez le pou de t\u00eate. Le plus-fort a une existence tonitruante, on l&rsquo;entend venir de loin au galop, il pratique le monologue en avalanche, le bras de fer martial et la d\u00e9monstration fracassante. On le dit sanguin, il est rouge et impudique \u00e0 l&rsquo;image de ces \u00e9tals de viande en devanture des boucheries. Il peut absorber tous les alcools forts et assister \u00e0 autant de jeux du cirque. Il bombe un torse semblable \u00e0 ces r\u00f4tis envelopp\u00e9s de graisse et contraints par des ficelles. Le plus-fort vous interpelle, aboie et s&#8217;emporte,  pieds \u00e9cart\u00e9s, mu par la volont\u00e9 hypertendue de surplomber, faire intrusion, faire plier et casser. Il arrive que le nuisible, perfide, avance masqu\u00e9 derri\u00e8re un sourire chasseur ou dans un habit surfil\u00e9 d&rsquo;or et d&rsquo;argent recomposant \u00e0 des fins obscures ou v\u00e9nales la gestuelle ample d&rsquo;un acteur posant alternativement son regard sur une montre de gousset en m\u00e9tal dor\u00e9 et sur l&rsquo;horizon loin derri\u00e8re vous. C&rsquo;est l&rsquo;air qu&rsquo;il d\u00e9place qui en impose. Debout sur son petit char de combat, il ne sait rien de sa vulgarit\u00e9 agit\u00e9e et hirsute. Le plus-fort n&rsquo;a pas d&rsquo;humour, encore moins d&rsquo;auto d\u00e9rision. Il n&rsquo;a que la raison du plus fort et une appr\u00e9ciation d\u00e9form\u00e9e de sa pauvre r\u00e9alit\u00e9. Il se trouve que ses points aveugles me rendent clairvoyante, je m&rsquo;affirme \u00e0 l&rsquo;observation de ses pathologiques certitudes. Je suis pouss\u00e9e \u00e0 comprendre cette loi d&rsquo;airain, cette loi du plus-fort, \u00e0 scruter les minuscules recoins o\u00f9 elle est tapie, \u00e0 arpenter les chemins vicinaux qu&rsquo;elle emprunte pour s\u00e9vir, et enfin \u00e0 mettre \u00e0 jour ce qui la rend si universellement barbare. Il m&rsquo;incombe de diss\u00e9quer les pr\u00e9dations de cette main invisible, d&rsquo;en traquer \u00e0 la lueur d&rsquo;une bougie, les germes et les effets au milieu de nos jungles ordinaires, \u00e0 dessein de les transcrire avec une rigueur d&rsquo;entomologiste.<\/p>\n\n\n\n<p>                                                                                                                                                                                                <strong>\u00a9 Monique Lachaux &#8211; Janvier 2012<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\" style=\"text-align:center\"><strong>Au-dessus de la ville<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/Chagall-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-328\" width=\"286\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/Chagall-1.jpg 1000w, https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/Chagall-1-300x245.jpg 300w, https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/Chagall-1-768x627.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 286px) 100vw, 286px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-drop-cap has-very-light-gray-background-color\">Avant de quitter les bains municipaux, ma m\u00e8re m&rsquo;enveloppe de son ch\u00e2le de laine et d\u00e9croche sa p\u00e8lerine.&nbsp; \u00ab\u00a0<em>Que la vapeur vous soit l\u00e9g\u00e8re, Feiga-Ita Chagalov<\/em>\u00a0\u00bb&nbsp;lance Marina, la gardienne des lieux. Approche, petit bonhomme. Je m&rsquo;avance. Les tresses blondes de la jeune fille scintillent \u00e0 la lueur de la lampe \u00e0 huile du comptoir, elle m&#8217;embrasse et glisse un bonbon \u00e0 la rhubarbe dans ma menotte encore nue.&nbsp;Dehors le vent du soir semble l\u00e9ger, l\u00e9gers sont mes cheveux propres, l\u00e9g\u00e8re la f\u00eate des lumi\u00e8res \u00e0 venir. Elle se pr\u00e9pare derri\u00e8re les carreaux des isbas de la rue Pokrovska\u00efa, \u00e0 la lumi\u00e8re fr\u00e9missante des bougies. Le sucre parfum\u00e9 fond dans ma bouche, je ne sens plus le froid de D\u00e9cembre, je n&rsquo;entends pas les crissements de mes bottines dans la neige, je regarde le ciel bleu nuit infini de Vitebsk.                                             Ma m\u00e8re prend ma main en disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu serais capable de t&rsquo;envoler vers les \u00e9toiles, mon oiseau de feu boucl\u00e9, avant d&rsquo;avoir nourri tes yeux et ton ventre du bortsch qui mijote pour Hannouka \u00bb.&nbsp;                                                                                       Sa lourde robe de laine grise sent la cannelle, elle a pr\u00e9par\u00e9 un strudel aux pommes pour la soir\u00e9e. Je me laisse conduire sur ses chemins. Je voudrais marcher toute la nuit, ma main dans la sienne, sentir la cannelle, l&rsquo;\u00e9couter parler et regarder les \u00e9toiles qui m&rsquo;attendent toute la journ\u00e9e quand je vais \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole.                              Elle relate les aventures de petits juifs malins, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux se pr\u00e9nomme Oleg. Un jour, il d\u00e9couvre loin du shtetl, une caverne gard\u00e9e par un \u00e2ne. Il revient le lendemain avec la plus belle \u00e2nesse du village. L\u2019\u00e2ne tombe fou amoureux. Tandis qu&rsquo;il bat ses longs cils pour la demoiselle, Oleg se glisse dans la grotte et d\u00e9couvre des malles de pierres pr\u00e9cieuses multicolores. En d\u00e9couvrant ce tr\u00e9sor, le gamin pense \u00e0 la fille du roi qu&rsquo;il admire en secret et se prend \u00e0 r\u00eaver.&nbsp;     Feiga-Ita ajoute&nbsp;: \u00ab\u00a0<em>Nous arrivons au pont, Marc, la suite sera pour demain. Non d&rsquo;ailleurs, toi, tu raconteras la suite&#8230;\u00a0\u00bb&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-very-light-gray-background-color\">Les remugles de l\u2019entrep\u00f4t de salaisons infestent les narines. Mon p\u00e8re roule avec fracas une barrique de saumure. En nous apercevant il bloque son fardeau d&rsquo;un coup de reins et attend, droit, tr\u00e8s maigre \u00e0 cet instant. Ma m\u00e8re s\u2019avance vers lui, elle couvre les cris des saurisseurs.                                                                                     &#8211; <em>\u00ab\u00a0Sachar, il me faut deux harengs pour la f\u00eate.\u00a0\u00bb<\/em>&nbsp;               La barbe \u00e9chevel\u00e9e de mon p\u00e8re d\u00e9passe de son tablier vert satur\u00e9 de rouge sang. Il ressemble \u00e0 un dr\u00f4le d&rsquo;\u00e9pouvantail triste,&nbsp; ext\u00e9nu\u00e9 de fatigue dans ce champ argent\u00e9, dans cette vibration bleut\u00e9e, pulsatile. Nous sommes \u00e0 quelques m\u00e8tres de lui, le patron s&rsquo;approche et le bouscule. Je croise son regard r\u00e9sign\u00e9. Des poules se disputent les yeux chatoyants et les visc\u00e8res iris\u00e9es de d\u00e9chets de fretin jet\u00e9s \u00e0 terre. &nbsp;Ma m\u00e8re reprend ma main, \u00ab<em>&nbsp;viens ici, va pas toucher \u00e7a avec tes mains de fille \u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-very-light-gray-background-color\">Sur le chemin de la maison, les \u00e2nes marchent en ligne sur la terre gel\u00e9e. Des moutons crott\u00e9s d\u00e9valent la rue dans une cavalcade, grimpant les uns sur les autres.&nbsp; Ma m\u00e8re raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;Abraham exactement comme elle raconte les contes yiddish de la lune claire : \u00ab&nbsp;<em>et l\u2019\u00c9ternel combla de b\u00e9n\u00e9dictions notre seigneur Abraham. Il lui donna des brebis et des b\u0153ufs, de l&rsquo;argent et de l&rsquo;or, des chameaux et des \u00e2nes.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;                   Je pense \u00e0 Oleg dans sa grotte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-very-light-gray-background-color\">Au bout de la rue, ma m\u00e8re s&rsquo;arr\u00eate un instant devant une maison qui a br\u00fbl\u00e9 le mois dernier. Beaucoup de maisons br\u00fblent chez nous, \u00e0 Liozno, le quartier pauvre de Vitebzk. C&rsquo;\u00e9tait la maison d&rsquo;un vieil homme veuf, par malheur mort asphyxi\u00e9. Elle a flamboy\u00e9 pendant deux jours et deux nuits&nbsp;; en rouge et en jaune, en vert et bleu, en noir et violet. Elle sent la terre, l&rsquo;humus natal, l&rsquo;odeur acre des fum\u00e9es humides.&nbsp;Ma m\u00e8re se recueille. Comme elle, je ferme les yeux mais derri\u00e8re mes paupi\u00e8res, la couleur du feu atteint sa sonorit\u00e9 maximale. Le reste du chemin se fait dans le silence des songes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-very-light-gray-background-color\">A notre arriv\u00e9e, grand-p\u00e8re est assis en compagnie de mon oncle Nush. Ils s&rsquo;entretiennent joyeusement pr\u00e8s du samovar, un verre de th\u00e9 \u00e0 la main. Quand je me r\u00e9fugie dans le kaftan de mon a\u00efeul pour l&#8217;embrasser, il glisse une pi\u00e8ce d&rsquo;un rouble dans ma main en me disant \u00e0 l&rsquo;oreille&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>j&rsquo;ai parl\u00e9 avec Pen, il te prend dans son cours de dessin \u00e0 partir de Vendredi.&nbsp;\u00bb<\/em>                              Muet, je le regarde, je transpire, je gesticule comme un nigaud, je vibre de l&rsquo;impatience des fous.&nbsp;                          Mon oncle se l\u00e8ve, cale son violon sous son menton et entonne une polka pleine d&rsquo;entrain&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;Grande affaire, mon neveu, vas-y, danse, tourne, vire, tu seras un mentch, pas un pauvre rien du tout comme moi.&nbsp;Saute, ris et chante. \u00bb&nbsp;<\/em>                                                                                      La danse calme mon \u00e9motion, j&rsquo;entrevois le visage souriant de grand-p\u00e8re. Ma t\u00eate tourne, la chaleur envahit mes pieds, puis mes mains qui vont d\u00e8s Vendredi se tendre sur la feuille, tracer l&#8217;empreinte des contours, du visible et de l&rsquo;invisible, la douceur flamboyante de la lumi\u00e8re.&nbsp; &nbsp;                                                       Mon p\u00e8re rentre quand les deux aiguilles de l&rsquo;horloge sont verticales. Il sort des g\u00e2teaux et des poires gel\u00e9es de sa poche et nous les tend. Le repas est gai. La vodka, bien que frelat\u00e9e, fait jouer mon oncle avec ardeur. Il en oublie le sang fade des entrailles de b\u0153ufs align\u00e9s sur les crochets de sa boucherie. Nous honorons la victoire de notre peuple. La gr\u00e2ce divine a permis qu&rsquo;une petite fiole d&rsquo;huile br\u00fble pendant huit jours pour \u00e9clairer nos combats. Un miracle. Depuis, nous illuminons nos mis\u00e9rables chaumi\u00e8res, nous chantons le peuple juif vainqueur, \u00e9lu de l\u2019\u00c9ternel. Entre les plats, les danses r\u00e9sonnent sur tous les parquets de sapin de la diaspora. Le four \u00e0 pain r\u00e9chauffe nos corps et nos c\u0153urs, l&rsquo;alcool les incendie. Les toupies que nous lan\u00e7ons sur le sol valsent avec nous. Nos visages verd\u00e2tres rougissent peu \u00e0 peu de cette joie partag\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 atteindre un violet satur\u00e9 par la lune qui traverse le carreau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background has-very-light-gray-background-color\">Soudain pris d&rsquo;une envie pressante, je sors sur les trois marches de l&rsquo;entr\u00e9e. La nuit vibre, j&rsquo;entends murmurer les \u00e9toiles, je revois grand-p\u00e8re l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier, croquer des carottes sur le toit de la maison grise, mon oncle Nush y jouer du violon pour tout le quartier, nos rires radieux absorbent la grisaille.&nbsp;Je cours dans la neige pour me soulager. En contournant la palissade de bois qui entoure notre quartier, notre maison \u00e9clair\u00e9e de l&rsquo;int\u00e9rieur est peinte du bleu poignant de la nuit.&nbsp;           Accroupi, j&rsquo;aper\u00e7ois une \u00e9toile filante trouer l&rsquo;espace, embraser la vo\u00fbte c\u00e9leste, passer au-dessus de la ville, c&rsquo;est&nbsp; Oleg et sa princesse enlac\u00e9s qui partent explorer le monde fantastique, la r\u00e9sonance irradi\u00e9e de l&rsquo;univers visible.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a9 Monique Lachaux \u2013 Septembre 2013<\/strong> &nbsp;<\/p>\n\n\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mes coups de coeur de l&rsquo;ann\u00e9e : <\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Carole Zalberg : O\u00f9 vivre (&nbsp;<strong>Editions Grasset<\/strong>)<\/h4>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/UNADJUSTEDNONRAW_mini_be7d.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-361\" width=\"291\" height=\"406\" srcset=\"https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/UNADJUSTEDNONRAW_mini_be7d.jpg 218w, https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/UNADJUSTEDNONRAW_mini_be7d-215x300.jpg 215w\" sizes=\"auto, (max-width: 291px) 100vw, 291px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/images.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-354\" width=\"326\" height=\"219\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; Peut-\u00eatre que nous n\u2019\u00e9tions pas faits pour avoir un \u00c9tat \u00e0 nous, apr\u00e8s tout. Voil\u00e0 ce que me confie, \u00e0 voix basse, comme pour elle-m\u00eame, ma tante assise sous la pergola devant sa maison inchang\u00e9e depuis ma derni\u00e8re visite, trente ans auparavant. Cette r\u00e9flexion, la d\u00e9ception qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le me glacent mais que r\u00e9pondre ? Et qui suis-je pour avoir une opinion, moi qui n\u2019ai pas remis les pieds ici depuis si longtemps ? C\u2019est \u00e0 peine croyable mais les d\u00e9cennies ont fil\u00e9 sans que j\u2019y prenne garde, sans que j\u2019affronte les contradictions et le malaise qui me tenaient \u00e9loign\u00e9e de ce pays que je qualifiais de compliqu\u00e9 pour \u00e9vacuer la question.&nbsp; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>A travers leurs voix recompos\u00e9es par Marie, n\u00e9e en France dans les ann\u00e9es 60, les membres d\u2019une famille juive polonaise relatent leur installation en Isra\u00ebl apr\u00e8s la guerre. &nbsp; Au long des d\u00e9cennies intranquilles, les g\u00e9n\u00e9rations nouvelles venues dans l\u2019\u00c9tat juif puis celles qui y sont n\u00e9es expriment leurs attentes et leurs d\u00e9ceptions, au fil d\u2019un quotidien \u00e0 jamais hant\u00e9 par la Shoah. C\u2019est cette fin d\u2019un monde que les plus \u00e2g\u00e9s ont voulu surmonter en construisant un lieu s\u00fbr. C\u2019est elle que les plus jeunes veulent emp\u00eacher de se reproduire en acceptant avec plus ou moins d\u2019\u00e9vidence les \u00e9preuves que leur pays ne cesse d\u2019imposer.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019apr\u00e8s-guerre \u00e0 nos jours, l\u2019exil des uns et les questionnements de la famille rest\u00e9e en France se r\u00e9pondent, tissant des liens ind\u00e9fectibles.&nbsp; Leurs voix se m\u00ealent pour dire avec puissance une destin\u00e9e familiale complexe et vitale qui est aussi une magnifique plong\u00e9e dans les paradoxes de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl, autour de la question des pionniers, de leurs r\u00eaves, de leurs d\u00e9ceptions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sarah Chiche : Les Ent\u00e9n\u00e9br\u00e9s&nbsp;<strong>(Editions du Seuil)<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/139947_couverture_Hres_0.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-358\" width=\"234\" height=\"343\" srcset=\"https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/139947_couverture_Hres_0.jpg 409w, https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/139947_couverture_Hres_0-205x300.jpg 205w\" sizes=\"auto, (max-width: 234px) 100vw, 234px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/AVT_Sarah-Chiche_5565.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-356\" width=\"264\" height=\"395\" srcset=\"https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/AVT_Sarah-Chiche_5565.jpg 520w, https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/AVT_Sarah-Chiche_5565-200x300.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 264px) 100vw, 264px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><br>Automne 2015. Alors qu\u2019une chaleur inhabituelle s\u2019attarde sur l\u2019Europe, une femme se rend en Autriche pour \u00e9crire un article sur les conditions d\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9s. Elle se pr\u00e9nomme Sarah. Elle est aussi psychologue, vit \u00e0 Paris avec Paul, un intellectuel connu pour ses \u00e9crits sur la fin du monde, avec qui elle a un enfant. \u00c0 Vienne, elle rencontre Richard, un musicien mondialement c\u00e9l\u00e9br\u00e9. Ils se voient. Ils s\u2019aiment. Elle le fuit puis lui \u00e9crit, de retour en France. Il vient la retrouver. Pour Sarah, c\u2019est l\u2019\u00e9preuve du secret, de deux vies tout aussi intenses men\u00e9es de front, qui se r\u00e9pondent et s\u2019opposent, jusqu\u2019au point de rupture int\u00e9rieur : \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une autre enqu\u00eate, sur une extermination d\u2019enfants dans un h\u00f4pital psychiatrique autrichien, ses fant\u00f4mes vont ressurgir. S\u2019ouvre alors une fresque puissante et sombre sur l\u2019amour fou, o\u00f9 le mal familial c\u00f4toie celui de l\u2019Histoire en marche, de la fin du xixe si\u00e8cle aux d\u00e9combres de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, de l\u2019Afrique des ind\u00e9pendances \u00e0 la catastrophe climatique de ce d\u00e9but de mill\u00e9naire.<\/p>\n\n\n\n<p>Sarah Chiche est \u00e9crivain, psychologue clinicienne et psychanalyste. Elle est l\u2019auteur de deux romans :<em>&nbsp;L\u2019inachev\u00e9e&nbsp;<\/em>(Grasset, 2008) et&nbsp;<em>L\u2019Emprise&nbsp;<\/em>(Grasset, 2010), et de trois essais :&nbsp;<em>Personne(s), d\u2019apr\u00e8s&nbsp;<\/em>Le Livre de l\u2019Intranquillit\u00e9<em>&nbsp;de Fernando Pessoa&nbsp;<\/em>(\u00c9ditions C\u00e9cile Defaut, 2013),&nbsp;<em>\u00c9thique du mikado, essai sur le cin\u00e9ma de Michael Haneke<\/em>&nbsp;(PUF, 2015),&nbsp;<em>Une histoire \u00e9rotique de la psychanalyse : de la nourrice de Freud aux amants d\u2019aujourd\u2019hui<\/em>&nbsp;(Payot, 2018).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Val\u00e9rie Zenatti : Dans le faisceau des vivants&nbsp;<strong>(Editions de l\u2019Olivier)<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/17642583.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-357\" width=\"537\" height=\"202\" srcset=\"https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/17642583.jpg 510w, https:\/\/monique-lachaux.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/17642583-300x113.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 537px) 100vw, 537px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Leur relation n\u2019\u00e9tait pas seulement celle d\u2019un romancier et de sa traductrice, c\u2019\u00e9tait aussi celle de deux amis qui se parlaient sans cesse.<br>De quoi parlaient-ils ? D\u2019\u00e9criture, de langues, d\u2019amour, d\u2019animalit\u00e9, d\u2019enfance. De la terreur d\u2019\u00eatre traqu\u00e9.<br>Ils partageaient \u00e9galement quelques silences.<br>Lorsqu\u2019il dispara\u00eet en janvier 2018, la jeune femme ne peut se r\u00e9soudre \u00e0 perdre cette voix dont l\u2019\u00e9cho r\u00e9sonne si puissamment en elle. Apr\u00e8s un temps de sid\u00e9ration, elle cherche \u00e0 la retrouver, par tous les moyens. Sa qu\u00eate la conduira jusqu\u2019en Ukraine, \u00e0 Czernowitz, la ville natale de l\u2019\u00e9crivain. Il pourra alors prendre sa place, dans&nbsp;<em>le faisceau des vivants<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Aharon Appelfeld \u00e9tait l\u2019un des grands \u00e9crivains de notre temps.<br>Val\u00e9rie Zenatti a traduit la plupart de ses livres, d\u2019&nbsp;<em>Histoire d\u2019une vie<\/em>&nbsp;(prix M\u00e9dicis \u00e9tranger 2004) jusqu\u2019\u00e0&nbsp;<em>Des jours d\u2019une stup\u00e9fiante clart\u00e9<\/em>, son dernier roman paru en France.<br>Sc\u00e9nariste et \u00e9crivain, elle est l\u2019auteure de livres destin\u00e9s \u00e0 la jeunesse (<em>Une bouteille dans la mer de Gaza<\/em>) et de plusieurs romans dont&nbsp;<em>Jacob, Jacob<\/em>&nbsp;(L\u2019Olivier, 2014), couronn\u00e9 par le prix du Livre Inter et traduit dans quinze langues.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9e \u00e0 Nice en 1970, Val\u00e9rie Zenatti a v\u00e9cu son adolescence en Isra\u00ebl, dans le d\u00e9sert du N\u00e9guev. De retour en France, elle \u00e9tudie l\u2019histoire, la langue et la litt\u00e9rature h\u00e9bra\u00efques aux Langues O\u2019. Elle a publi\u00e9 plusieurs livres destin\u00e9s \u00e0 la jeunesse dont&nbsp;<em>Une bouteille dans la mer de Gaza<\/em>, traduit en une quinzaine de langues, plusieurs fois prim\u00e9 en France et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, adapt\u00e9 au cin\u00e9ma et au th\u00e9\u00e2tre. Son premier roman,&nbsp;<em>En retard pour la guerre<\/em>&nbsp;(L\u2019Olivier, 2006), la fait conna\u00eetre aupr\u00e8s d\u2019un public adulte. Il est suivi par&nbsp;<em>Les \u00c2mes s\u0153urs&nbsp;<\/em>(L\u2019Olivier, 2010) et&nbsp;<em>Mensonges&nbsp;<\/em>(L\u2019Olivier, 2011), un r\u00e9cit intimiste o\u00f9 elle \u00e9voque sa rencontre avec Aharon Appelfeld dont elle est la traductrice.&nbsp; Avec&nbsp;<em>Jacob, Jacob<\/em>&nbsp;(L\u2019Olivier, 2014), elle se rapproche pour la premi\u00e8re fois de l\u2019Alg\u00e9rie d\u2019o\u00f9 est originaire sa famille. Ce roman conna\u00eet un v\u00e9ritable succ\u00e8s, couronn\u00e9 par dix prix dont le prix du livre Inter l\u2019ann\u00e9e suivante. \u00c9galement sc\u00e9nariste, Val\u00e9rie Zenatti ach\u00e8ve actuellement l\u2019\u00e9criture d\u2019une s\u00e9rie pour Canal+.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux de mes textes in\u00e9dits : \u00ab\u00a0La loi du plus fort\u00a0\u00bb (Janvier 2012) et \u00ab\u00a0Au-dessus de la ville\u00a0\u00bb (Septembre 2013) La loi du plus fort Que l&rsquo;on porte son regard sur les \u00eatres vivants des antipodes de l&rsquo;histoire aux fin fond de la g\u00e9ographie, on constate qu&rsquo;il y a toujours un plus-fort dou\u00e9 d&rsquo;une h\u00e9g\u00e9monie &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/monique-lachaux.fr\/?page_id=78\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Textes in\u00e9dits&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-78","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/monique-lachaux.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/78","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/monique-lachaux.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/monique-lachaux.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monique-lachaux.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monique-lachaux.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=78"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/monique-lachaux.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/78\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":433,"href":"https:\/\/monique-lachaux.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/78\/revisions\/433"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/monique-lachaux.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=78"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}